la balade de ZERØ à l'infini

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Les tempêtes et la peur

Les tempêtes

 

Combien de fois, en discutant avec des amis, de la famille, des proches, combien de fois n’ai-je pas entendu :

-          Et les tempêtes, tu en as déjà eu ?

  

Alors, invariablement, la réponse est la suivante :

D’abord, c’est quoi une tempête, et plus particulièrement,  en mer ?   J’explique  ensuite: c’est le moment ou tu n’as plus l’impression de maîtriser la situation. Lorsque tu dois faire le dos rond face aux éléments : le vent et la mer. En termes techniques marins, cela s’appelle : la fuite, la cape. Mais en réalité, cette terminologie  dépend de plusieurs paramètres : de la taille du bateau, de l’expérience de l’équipage, du niveau de fatigue, et des compétences du skipper.

 

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Ainsi  pour un débutant sur un petit 5 mètres, la tempête arrivera vite, probablement aux alentours de force 5-6.

Le même bateau, avec Riguidel ou Tabarly seul à bord, vivra la tempête vers force 8, 9.  Plus haut encore en équipage.

Le même débutant sur un 9 mètres pourra naviguer dans du plus gros temps.

Mais  à l’autre bout de l’échelle, Tabarly et son équipage ont affronté dans les années 80, sur Pen Duick III un cyclone en Polynésie. Tout le monde les croyait disparus. Ils s’en sont sortis. Ils maîtrisaient encore la situation au point de remettre toute la toile, remonter le vent furieux pour éviter un échouage sur le reef qui aurait été fatal.

 

En ce qui me concerne, j’ai commencé à naviguer sur un petit 6m50. Au début, j’étais dans la situation du débutant  sur un 5 mètres. Autour de St Cyprien, déjà, vers 15 h, au plus fort de la brise thermique, soit vers force 5, c’était limite. Je ne maîtrisais pas toujours tout. 

Plus tard, avec Pontos, le First 35, l’expérience aidant, j’ai pu faire face à des vents de force 7-8 sans trop de soucis.

Sur ZERØ, je n’ai jamais eu à affronter un vent et une mer m’empêchant de faire face. Certes, parfois, on a dû s’écarter de la route pour éviter de trop faire souffrir le bateau, ou pour avoir  une navigation plus confortable. Mais, jamais je n’ai eu l’impression de devoir subir. On a connu  jusqu'à Force 10. Et toujours ZERØ a été sécurisant.

De plus : le vent est une chose, la mer en est une autre.  Affronter des vents de force 9 sur une mer plate, c’est de la rigolade. On a vécu cela en Norvège, en 2010, avec Christophe. Bien a l’abri des îles,  du coté de Tromsø, le vent soufflait en furie. Mais tout restait maniable et gérable.  3 ris, la trinquette déjà bien enroulée  et ZERØ filait sur des rails sur une mer juste blanchie par les rafales. Mais pas de vagues.

 

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A contrario, un petit force 5 avec des creux de 6 – 7 mètres est bien plus gênant.  Même si on ne craint pas grand-chose, la vie est alors bien inconfortable.  Les choses empirent vers force 7 -8 avec la même mer. Là, ça devient pénible. Le bateau peut taper, prendre des coups de gite important, la mature souffre, les safrans forcent. On souffre avec lui. On a peur.

 

D’ailleurs, la peur ?  as-tu eu déjà peur ?

Peur de quoi ?  De mourir ? De me faire mal ? De casser quelque chose ?  Oui, j’ai eu peur.  Avec ZERØ, étonnamment, alors que nous avons fait des choses incroyables, été dans des lieux plutôt engagés, je n’ai jamais eu peur pour moi ou pour l’équipage. Encore une fois, je sais  ZERØ solide et marin.  Installé dans le cockpit, à moins de chavirer, on ne risque pas grand-chose.  Même une grosse vague peut monter à bord, elle ne devrait pas nous emporter. En revanche, oui, j’ai eu peur de casser, de casser quelque chose, de déchirer une voile. Avec un bateau de 19 t et 19 m de long, les efforts sont considérables.  Aucune, absolument aucune manœuvre ne peut se faire à la main. Partout, les winchs sont nécessaires. A la rigueur, seul le chariot de GV, grâce a ses multiples palans, peut être bordé à la main.

Bref, j’ai  souvent peur de mal appréhender les efforts et de casser quelque chose. De ne pas  bien appréhender  la situation et  subir les effets des efforts non anticipés. Mais j’ai aussi peur de la manœuvre ratée, celle qui va faire, que le matériel, pourtant calculé avec une bonne marge de sécurité va néanmoins céder : parce l’empannage n’a pas été anticipé et est intervenu brutalement, parce que la prise de ris a été trop longue, laissant la voile fasseyer et se déchirer.  Dans ces conditions, les manœuvres de spi sont les pires.

En revanche, j’ai connu beaucoup de moment de grand stress.  Le stress de la côte proche, de la météo qui peut se dégrader  et qui fera qu’on ne sera plus maître de la situation.  De l’équipage sur le pont qui pourrait rater la manœuvre, mal l’anticiper, et qui, au final, va casser quelque chose. 

 

C’est le stress du skipper.

 

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  J’ai parfois été simple équipier à bord de bateaux. C’est le bonheur. Juste à profiter des bons moments. La tête vide. Ne penser à rien d’autre que le bonheur que peut procurer la vie en mer. Lorsque que l’on embarque sur un  bateau en tant que simple équipier, on ne se rend pas compte du niveau de stress que représente la responsabilité du bateau et de son équipage.  Gilles, André, Thierry, qui sont les nouveaux copropriétaires de ZERØ peuvent en témoigner.  Ils ont été équipiers avant de devenir skippers de ZERØ. Il y a un monde entre le simple rôle de passager même actif  et celui de ‘’chef de bord’’. La tension est souvent  là. Toujours être vigilant,  toujours anticiper, prévoir, surveiller, analyser. Que ce soit pour la marche du bateau, la météo, la vie a bord, la consommation d’eau, de fuel … les raisons de stress sont nombreuses. Tous les sens sont en éveil.  Et l’oreille est aussi importante que la vue. Être à l’écoute d’un bruit nouveau : une pompe qui ne s’arrête pas, une voile qui fasseye,  le moteur qui fait un drôle de bruit. Même la nuit, au mouillage l’oreille est active et attentive. La chaîne qui ne rague pas comme d’habitude et qui prouve que le mouillage est en train de chasser. Le bruit du vent dans le mât qui augmente ….  

Le bon skipper est celui qui sait gérer ce niveau de stress et de tension, sans le montrer et tout en gardant ses capacités de veille, d’anticipation, et d’analyse.

L’une des pires traversées que j’ai faites, peut être pas la pire, mais elle fait partie du podium, c’était en 2013, entre les Açores et l’Irlande.  Durant toute la traversée, la mer était assez formée, le vent n’est jamais descendu en dessous de 6-7. Parfois 8-9. Nous étions 6 à bord. Je ne connaissais pas les compétences de chacun.  Dans ces cas-là, je dors dans le carré et demande aux personnes de veille de me réveiller en cas de doute ou de problème.  Pour cette navigation, les conditions ont fait que, durant les 6 jours, je n’ai pas beaucoup dormi, réveillé régulièrement par les quarts sur le pont.  Attentif  aux réglages, à la météo changeante, aux manœuvres. Après coup, certains m’ont assuré qu’il s’agissait de l’une de leur plus belles navigations. Pas moi. 

Ces situations sont décuplées, en milieu hostile. Sous le soleil des tropiques, dans les Alizés, on a un nombre limité de paramètres à gérer. Au Spitzberg, il y avait, le froid, la solitude, les vents catabatiques, l’isolement, le brouillard, l’éloignement de tout secours, les glaçons, l’inconnu … qui venaient remettre quelques degrés de stress supplémentaires.

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En 2010, toujours au Spitzberg, alors que nous montions dans le nord, très nord, longeant la côte Ouest de l'archipel, je ressentais vraiment la tension. Au même endroit, quelques jours plus tard alors que nous descendions, cap au sud vers La Norvège, les niveaux de stress et de tension avaient nettement baissé. Nous étions pourtant encore très haut, loin de tout. Mais l’inconnu ne l’était plus.  C’est en général dans ces moments là que les problèmes arrivent. La vigilance s’est relâchée.

 

Au Groenland, il faut se préparer à retrouver la tension et le stress.

 

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23/02/2015
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