Correspondance sur le Cap Vert
Bertrand et son équipage (Marie, Guillaume, Didier, Claire, Philippe, Marie-Do, Christine) reviennent des îles du Cap-Vert, un voyage magnifique rempli de nature luxuriante, de lave noire menaçante, d’eau claire… Un voyage sorti d’un roman d’aventures. Christine et Philippe ont choisi de relater ces moments dans un style qui n’est pas celui du récit. C’est sous forme de missives qu’ils échangent qu’ils veulent vous transporter dans cet univers.
NB: mise à part la mise en forme, tout ce qui concerne le Cap-Vert est vrai de véridique !
Bon voyage, chers lecteurs !
Paris, le 5 décembre 2024
Cher ami,
Me voici revenue de mon périple dans les îles du Cap Vert. Quel chaud et froid !
Se remettre maintenant dans le rythme parisien !
Quelle expérience, une nouvelle fois, que de vivre sur un bateau et de naviguer ! Mes faibles compétences nautiques n’ont pas posé de problèmes. Plusieurs des équipiers m’ont prise sous leurs ailes et le séjour s’est déroulé sans que je ne commette trop de bêtises… Les hale-bas, le patara et patatra et tralili et tralala… bien de quoi faire des noeuds…
Nous avons atterri à Mindelo où une partie de l’équipage avait déjà effectué l’avitaillement. Quel bonheur ! Ils ont été aidés par Veronico, un Cap-Verdien des plus sympathiques que nous avons retrouvé à d’autres moments du voyage. Les Cap-Verdiens que nous avons rencontrés sont aimables et présentent un grand sens du service. Le Cap-Vert est le pays du « no stress » et c’est bien ce qu’ils nous ont transmis !
Ah ! Si tu avais contemplé ces plages au sable clair, à l’eau transparente remplissant les yeux de clarté ! Turquoise qui s’assombrit parfois, turquoise frangé de blanc. Si tu voyais les rouleaux au bord des plages, c’est parfois une aventure de débarquer, mieux vaut le faire en maillot de bain !
Papagoya sur Sao Nicolau et Estotil et Santa Monica sur Boa Vista… Santa Monica dite la plus longue plage du monde, quelques 15 km ! Tu aurais goûté à cette eau vivante et pure avec délice, tes cheveux se noyant dans l’écume…
Que dire de cette merveilleuse marche le long sur la plage Atalanta de Ponta do Sol, à Boa Vista, les ondulations de l’eau se répétant, insistantes et caressantes. Nous tournions alors notre regard vers ces mouvements liquides. Sur le trajet, j’ai aperçu un requin citron dans l’écume et nous avons été les témoins émus de l’exode de bébés tortues vers la mer. Nous nous dirigions vers le cabo Santa Maria, un cargo échoué depuis 1968, écueil de rouille. La mer peut se révéler malfaisante…
Le capitaine, mon mari, nous avait préparé de belles navigations, une journée de mer de Sao Nicolau à Boavista et deux navigations de nuit, de Boavista à Fogo et de Fogo à Sao Vicente. Durant les navigations de nuit, le vent a pu dépasser les 18 noeuds avec des vagues écumantes de travers. Il a fallu réduire la toile. L’attache du hale-bas sur la bôme a lâché, la routine de la navigation paraît-il…
Peut-être te demandes-tu si nous n’avons pas été malheureux avec la nourriture ? Rassure-toi, nous avons fait une cure de poissons grillés, pêchés par l’équipage, achetés à des pêcheurs ou consommés au restaurant. Bertrand avait mis en place le déssalinisateur et nous n’avons pas manqué d’eau. Nous avions aussi emporté des gourdes filtrantes afin de nous abreuver lors de nos excursions. Nous avons fait appel à des « Aluger » pour nous déplacer, grands véhicules chahutés par les pavés des routes !
Tu devines le site que j’ai préféré dans ce voyage ? C’est haut, c’est noir, c’est brun, on y cultive de la vigne, la délicatesse des fleurs brave le sol austère des volcans. Fogo fait partie des îles sous le vent. Comme les autres, il s’agit d’une île volcanique mais ses volcans sont encore actifs, la dernière éruption date de 2014. Les habitations du cratère ont été détruites, ensevelies sous la lave et les roches. Eh bien, les habitants continuent à vouloir vivre dans ce même endroit ! C’est là que la vigne est cultivée. Nous y avons fait une marche magnifique, dans un paysage impressionnant de lave, de pierres, de sable. La lave s’est figée dans des formes sculpturales. Je me suis sentie bien petite dans ce décor lunaire.
Au bout de la marche se trouvait la maison de Théo Montrond, de sa femme Elly et de leur petit garçon Théo. Nous y étions invités pour un repas avec dégustation de vins. Comme beaucoup de maisons là-bas, l’extérieur est en briques brutes, pas terminée. Nous sommes tous restés bouche bée en pénétrant à l’intérieur, des plantes, de beaux espaces et une table de fête dressée. Accueil chaleureux. Ils termineront leur maison lorsque l’argent sera là. Et si une prochaine éruption la détruit ? « Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir » (Kipling), la nature leur enseigne cette philosophie de vie !
Je ne veux pas m’étendre encore, il y a tellement à raconter ! L’idée m’est passée d’y rester, là-bas. Je m’installerais dans une petite maison colorée, verte ou orange, ou rose, ou bleue et blanche. De temps en temps, j’irais regarder les étoiles de la terrasse du restaurant de Carriçal qui ouvrira pour moi et mes amis. Si nous repartions par la mer, nous nous ferions agresser par des anguilles bleues « volantes ». Je t’assure, ça nous est arrivé !
Bon, en attendant, je t’envoie des photos. J’ai bien hâte de te revoir ! On trinquera autour d’une caipirinha (à consommer sans modération) !
Amitiés
Christine
Ma très Chère amie,
Avec une joie immense j’ai ouvert votre lettre qui sentait si bon les alizés. Je l’attendais…Le temps est si humide en lointaine Bretagne que l’évocation de votre voyage en pays chaud et riche d’indigènes a réchauffé mon âme.
Saviez-vous qu’au siècle dernier déjà lointain je m’étais aventuré dans cet archipel !
Avant toute chose, belle amie, je pense que vous ne pouvez critiquer trop avant votre rôle de moussaillone, mais l’on m’a rapporté qu’au lieu de considérer le surpattage d’une écoute sur un winch vous disiez avec délicatesse l’écoute s’est empapatée : Vous être courageuse et volontaire et votre vocabulaire maritime acquis certainement un jour pas si lointain vous permettra de postuler au conservatoire maritime … !
Je me rappelle en effet de Mindelo, peu de bateaux y séjournaient, pas de ponton, des youyous entre les mouillages et les plages pour les approvisionnements. Mais l’ambiance semble t’il était la même, un accueil chaleureux sans agressivité malgré les différences pécuniaires. Nous nous étions baignés dans des eaux turquoise sur des plages magnifiques.
Vous êtes si aimable et délicate sur ma chevelure dans les flots mais elle s’est désormais réduite à quelques touffes latérales genre volatile terrestre…
Déjà sur l’immense plage Atalanta de Ponta do Sol, à l’époque, les résidus de plastique étaient épars ; je suppose que désormais, au soleil frisant en remontant vers l’ouest ils apparaissent, cela doit être bien triste. Comme toujours nous sommes confrontés entre cette sensation sublime de liberté et l’étrangeté de la pollution qui trace nos pas.
Vous avez eu quelques incidents de mer avec un hâle-bas de bôme, c’est en effet chose courante que ces quelques bris. Et le Commandant, votre amour de mari Bertrand, a semble-t-il dépêché le chef bosco pour négocier une réparation : a t’il été efficace ? Il ne s’agit aucunement d’une fortune de mer, mais d’un banal incident qui agrémente toute croisière.
Vous me faites part de vents à 18 nœuds avec des vagues écumantes de travers. Je connais bien votre bateau de 22 tonnes, c’est une merveille aux allures de travers et en effet, ces sensations de glisse sont manifestement créatrices de belles sensations.
Ma chère mère, qui a vécu à Dakar dans sa lointaine enfance ne connaît pas l’archipel, mais ses souvenirs littéraires de Fogo ont croisé vos impressions récentes.
Je suppose que vous avez été impressionnée par les passions des autochtones pour leur cratère.
Il est vrai qu’un français Armand de FOUCHEUT de MONTROND y a séjourné avec en effet depuis une longue descendance. La culture de la vigne sur la cendre est leur spécialité. L’on m’a dit lors d’une escale à Boa Vista que ce vin dénommé CHA rendait heureux les consommateurs notamment à bord des bateaux, l’avez-vous vérifié ? Sans modération je suppose …
Je pense que votre commandant et son valeureux équipage aura su remplir les soutes à chaque escale !
Je me rappelle aussi de longs chemins escarpés suspendus aux parois sur l’ile du Nord Santo Antao. Ces chemins pavés étaient envoutants et les ouvriers qui œuvraient à l’entretien travaillaient quasi en plein vide sans sécurité, est-ce toujours le cas ?
Votre concours, lettré, inspire mes rêveries maritimes. Le faisceau du phare de l’Ile Vierge en Finistère rejoint vos écrits, Quel beau voyage vous avez fait… Pourriez-vous à l’occasion m’adresser quelques clichés ?
Je ne vous ai pas demandé des nouvelles d’Uguette, votre petite chienne au poil dru, a t’il supporté cette si longue absence ? J’en suis confus.
J’espère recevoir de vous quelque missive prochaine, et surtout que votre doux mari ne prenne pas ombrage de cette amitié maritime épistolaire.
Toute mon amitié,
Philippe un chef bosco de l’ouest.
Quelques photos supplémentaires
Inscrivez-vous au site
Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour
Rejoignez les 468 autres membres