la balade de ZERØ à l'infini

la balade de ZERØ    à l'infini

Au Svalbard – La « côte froide »

1 au 21 juillet 2018 – De Tromsø (Norvège) à Longyearbyen (Svalbard).

 

 

 

Le Svalbard est un archipel de la Norvège situé dans l'océan Arctique, entre le Groenland à l'ouest, l'archipel François-Joseph à l'est et l'Europe continentale au sud. Il constitue la terre la plus septentrionale de la Norvège et l'un de ses territoires.

À l'exception de neuf habitants sur l'île aux Ours située à 238 km plus au sud, ses 2 321 habitants se trouvent sur Spitzberg, la seule autre île habitée et la plus grande de l'archipel.

Les îles s'étendent sur 62 050 km2. Les trois îles principales sont Spitsbergen (ou Spitzberg) (39 000 km2), Nordaustlandet (14 600 km2) et Edgeøya (5 000 km2).

Des pans entiers du Svalbard (environ 60%) sont recouverts par des glaciers, en particulier l'Austfonna sur Nordaustlandet qui restent relativement peu épais, 300 à 400 m maximum, en raison de la relative sécheresse du climat. Cependant, le courant nord atlantique tempère le climat arctique, rendant les eaux navigables quasiment toute l'année.

L'archipel est montagneux, avec deux points culminants situés à 22 kilomètres l'un de l'autre : le Perriertoppen et le Newtontoppen, respectivement de 1 712 et 1 713 mètres d'altitude selon les mesures les plus récentes. Les côtes de cet archipel sont très découpées car il a été entièrement recouvert de glaciers pendant les glaciations. Les plus grands fjords du Svalbard mesurent une centaine de kilomètres de long, comme le Storfjord au sud, et le Wijdefjord au nord.

Le Svalbard est situé au-delà du cercle polaire arctique. À Longyearbyen, le soleil de minuit dure du 20 avril au 23 août et la nuit polaire du 26 octobre au 15 février.

 

 

 

La Norvège était au programme 2018-2019, le Svalbard, pas sûr. ZERØ est déjà venu jusque dans ces parages dans sa jeunesse et les récits des anciens ont de quoi faire frissonner : brouillard, température polaire, ours blancs, cartographie aléatoire… de vrais histoires d’explorateurs. Un projet de navigation en commun avec Peter, l’architecte concepteur de ZERØ, ne s’est finalement pas concrétisé mais avec André nous avons décidé de maintenir ce programme de navigation. On s’attend à de rudes conditions et on a préparé les polaires, les chapkas et les bottes fourrées. Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de s’approcher aussi près du poêle, pardon, du pôle.

 

Dimanche 1er juillet – Arrivée à Tromsø au nord de la Norvège. Il fait plus frais qu’à Paris et Oslo où nous avons passé la journée en transit ; il est près de minuit et il fait grand jour. C’est un peu bizarre.

 

 

 

Nous retrouvons ZERØ, parfaitement amarré sur un ponton flottant, environné d’autres bateaux voyageurs. Parmi eux, ADA2 la boite de conserve d’Isabelle Autissier en partance pour le Groenland via Jan Mayen, et ELIOT, la maison tout en acier de Frédéric, son skipper. L’un des plus prodigieux voiliers qu’il m’ait été donné de visiter : plan Caroff de 12,50m, il est équipé d’une salle de bain avec baignoire et chauffage central.

 

 

 

La semaine que nous avions prévue de consacrer à la visite des fjords du nord se voit sérieusement amputée par un mini-chantier. L’équipage précédent ayant signalé un jeu important sur le safran bâbord, nous procédons à son démontage. Nous faisons fabriquer par un atelier local une pièce manquante, probablement perdue lors de la rupture de l’axe en 2015 dans les glaçons du cap Farewell.

 

 

 

 

Décalaminage de tuyauterie (celle des toilettes évidemment), problèmes informatiques divers, démarches administratives auprès du gouverneur du Svalbard, recherche des équipements de D.C.O. (Défense Contre les Ours) nous occupent également.

Heureusement, il fait beau. On travaille et on se déplace sous le soleil. Infatigable celui-là. Il ne se couche jamais et on a un peu de mal à s’adapter à cette lumière permanente.

Suivent trois jours de balade vers le sud dans les fjords. Beau temps, petite pêche, saine émulation entre Jeff et Fred pour prendre possession de la cambuse. Bohémienne, cake aux tomates, tarte aux courgettes se succèdent à ma grande satisfaction.

 

 

 

On cueille des moules et Fred épingle une première à son palmarès : les moules au cidre (pénurie de bière à bord) accompagnées de vraies frites à base de vraies patates et cuites dans de la vraie huile. Un régal. On a évidemment une pensée pour Nathalie et Benoît, nos nouveaux associés, dépositaires de cette recette inscrite au patrimoine de l’humanité.  La preuve :

 

 

 

Samedi 7 juillet – Arrivée de Violaine, l’équipage est au complet. On profite du week-end pour visiter Tromsø et terminer les préparatifs de départ pour le Svalbard : pleins d’eau et de gas-oil, remplacement de la bouteille de gaz, avitaillement, documentation (visite du musée).

 

 

 

Svalbard.  Cinq espèces de mammifères sont présents dans l'archipel : le renard polaire, le renne du Spitzberg (variété de petite taille et au pelage très épais), l'ours polaire, une espèce de souris locale nommée Microtus epiroticus et deux espèces de phoques : annelés et barbus.

Comme les ours blancs sont une espèce protégée et qu'il en existe environ 5 000 sur l'archipel (selon Wikipedia mais 2500 à 3000 selon les derniers chiffres), les habitants sont contraints de prendre leurs précautions en dehors des villages et emportent systématiquement un fusil de gros calibre, obligatoire pour chaque déplacement. Cependant, son usage est exclusivement réservé à la légitime défense.

 

 

Lundi 9 juillet – C’est le départ. Cap au nord. Nous quittons Tromsø et sa cathédrale arctique sous un ciel grisonnant. Heureusement cela ne dure pas. La mer est encore loin. Nous suivons le fjord, poussés par le courant de marée. Tout au long du rivage se succèdent les maisons traditionnelles, de plus en plus isolées.

 

 

 

Après une trentaine de milles, nous mouillons l’ancre sur la côte sud de Rebbenesoya par 70° nord. La présence de phoques nous décourage de poser le filet. Nous n’aurons pas de poisson au menu durant cette traversée. En fait nous n’aurons pas de menu du tout. Mais n’anticipons pas.

 

 

Mardi 10 juillet – Il n’y a pas d’aube. Nous quittons le mouillage tranquillement dans la matinée pour profiter de la marée. A 13h30 nous atteignons la mer. Sortie du fjord, cap plein nord avec un ris dans la grand-voile, vent de force 5 du sud-ouest. Conditions idéales, si ce n’est une houle de plus en plus désagréable. Le bateau marche bien, 7 à 8 nœuds, la houle se maintient. 17h, Jeff est malade. 20h le temps se couvre, on prend un deuxième ris et la trinquette remplace le génois, Vio est malade. Le fond de l’air est frais quoique supportable. Moi, c’est le contraire, je ne suis pas très frais. Quant à Fred il est en pleine forme après trois mois à bord depuis les Açores et très amusé de constater la débâcle générale. J’essaie de me reposer en prévision du quart à venir même s’il ne fait pas nuit. Je prends le relais, fatigué et dans un état précaire. Il n’y a pas grand monde dans le secteur et normalement par ici, tous les bateaux sont équipés de l’AIS. Heureusement la clarté et la bonne visibilité facilitent la veille.

Mercredi 11 juillet – Beau temps. Nous avons passé les 72° nord. Jeff et Fred ont aperçu une famille d’orques. Toute la journée le vent se maintient entre 5 et 6 Beaufort, de l’ouest-sud-ouest. On ne peut pas se plaindre ! Le temps se couvre puis se dégage en fin de journée. Toujours la nausée… Rien avalé depuis hier matin. On commence à apercevoir le sommet de Bjørnøya qui émerge d’une écharpe de nuages.

 

L’île aux Ours, en norvégien Bjørnøya, est une île de Norvège située dans la partie occidentale de la mer de Barents, en bordure de la mer de Norvège et aux trois cinquièmes du chemin reliant la Norvège métropolitaine (île de Sørøya) à l'archipel du Svalbard. Elle forme la partie la plus méridionale du Svalbard.

L'île n'est actuellement habitée que par les occupants d'une station météo. Elle a été déclarée réserve naturelle en 2002 ainsi que les eaux environnantes.

Le climat qui règne sur l'île aux Ours peut ainsi être qualifié de polaire maritime. À la station météorologique de l'île aux Ours, située au nord de l'île, à plus de 74° N, la température moyenne annuelle s'élève à −2,4 °C. La nébulosité est soutenue (aucun mois ne descend au-dessous de 5,1 octas de ciel couvert) tout particulièrement l'été en raison de brouillards fréquents.

Le K-278 Komsomolets, un sous-marin soviétique, a coulé le 7 avril 1989 à 100 milles nautiques au sud-ouest de l'île aux Ours. Des fuites de produits radioactifs des réacteurs et des têtes nucléaires posent actuellement un problème mineur mais une grave pollution des eaux environnantes reste possible.

Anecdote historique : Un groupe de soldats allemands abandonné sur l'île, perdirent le contact radio en mai 1945. Ils furent les derniers soldats allemands à se rendre le 4 septembre 1945.

 

 

On nous a bien prévenus que les conditions météo y rendent le mouillage très aléatoire. L’île est dans le brouillard la plupart du temps (on cite le chiffre de 330 jours par an…), certains ne peuvent pas s’arrêter à cause du mauvais temps, d’autres y restent bloqués plusieurs jours. On s’attend au pire.

Comme les prévisions annoncent une rotation du vent, nous visons le mouillage sud qui semble parfaitement abrité des vents d’ouest.

Jeudi 12 juillet 1h30 du matin. Nous arrivons au mouillage sud. Très jolie baie, très bien abritée du vent.

 

 

Très bien abritée du vent, mais pas de la houle qui s’y engouffre avec gourmandise. Le temps de poser la pioche et nos espoirs de voir le bateau rester face aux vagues s’envolent. Ça roule terriblement. Un rapide conseil de guerre et nous décidons à l’unanimité de tenter notre chance au nord de l’île. La priorité est de trouver des conditions permettant de se reposer et de remettre les estomacs à l’endroit. On rembobine et c’est reparti.

 

 

 

 

Trois heures plus tard nous apercevons « CUTTING EDGE » un voilier allemand vu à Tromsø, au mouillage dans un creux de la côte est. Ni une ni deux, nous suivons son exemple et mouillons sous le vent des falaises, sur une mer parfaitement plate à 0,2 nautiques du superbe rocher « Engelske Staur » ; traduction littérale : le restaurateur anglais ; faut-il y voir un mauvais présage pour nos estomacs déjà traumatisés ? Toujours est-il que nous sombrons immédiatement. Dans le sommeil, heureusement. Malgré la clarté.

280 milles parcourus depuis notre dernier mouillage soit +/- 7 nœuds de moyenne.

 

 

Nous nous réveillons sous un soleil matinal radieux vers midi. Premier réflexe : la météo grâce à notre téléphone satellite. Ouf ça fonctionne : jeudi sud-ouest 20 nœuds, vendredi sud-ouest 15-20 nœuds, samedi sud-ouest 10-15 nœuds faiblissant, dimanche nord-est 20 nœuds. On se frotte les yeux, on se pince mais rien n’y fait, on est déjà bien réveillés. Même dans nos rêves les plus optimistes on ne pouvait pas espérer mieux. Du coup le moral remonte au beau fixe, les estomacs sonnent le creux et les cuistots se remettent au boulot. On fait un bon repas et on sonne le branle-bas du départ en espérant le garder à bord. Il faut absolument profiter de ces conditions idéales et à 15heures nous mettons le cap sur le Spitz, sous deux ris et trinquette.

Un bref contact radio avec nos amis allemands me laisse perplexe : ils adoptent une stratégie d’attente et ne partiront que plus tard car les 20 nœuds annoncés leur paraissent un peu fort. Par ici il ne faut quand même pas être trop exigeant…

 

 

Sortant de derrière l’abri de l’île nous trouvons un peu de brume mais des conditions moins dures que prévues et nous larguons les ris. Le vent varie d’ouest à ouest-sud-ouest et de force 4 à 5 si bien que nous marchons toute la nuit – enfin … nuit virtuelle – entre 6 et 9 nœuds, en reprenant un ris puis un deuxième. La routine.

 

Vendredi 13 juillet. Ouh là là… vendredi 13… Vers cinq heures un spot sur l’AIS ne se matérialise nulle part sur la vraie mer. Soit c’est un sous-marin (hum…) soit Jeff a fumé la moquette. Soit l’AIS débloque. On n’est pas superstitieux mais quand même, il y a de quoi s’inquiéter.

En milieu de journée nous commençons à longer la côte ; le vent faiblit, la mer est hachée ; un peu de moteur pour gagner de la vitesse et du confort et à 18h30 nous arrivons au mouillage à l’entrée du Hornsund, le premier grand fjord au sud-ouest du Svalbard par 76°56,5 Nord et 015°50,9 Est. Un petit paquebot est sur place. Ses annexes font des navettes jusqu’à la rive pour rapatrier les quelques dizaines de passagers descendus à terre. Ils sont sans doute accompagnés d’un ou plusieurs guides armés. Nous regrettons de ne pas pouvoir profiter de leur présence pour aller nous dégourdir les jambes. Les derniers embarquent et nous restons avec nos angoisses.

 

 

Le paysage est rude : une plage noire, les ruines d’une cabane en bois et tout de suite les montagnes dont le sommet enneigé se perd dans les nuages. A force de scruter la rive aux jumelles nous apercevons fugitivement un renne et son petit, seule trace de vie dans cet univers minéral.

 

 

Sur la rive opposée, distante tout de même de plus de huit milles nautiques, le front d’un glacier présage du spectacle qui nous attend ces prochains jours. Pour le moment, nous espérons qu’il n’y a pas d’ours dans le secteur. La jupe arrière semble parfaite pour leur permettre de monter à bord. Il y a bien quelques obstacles : les barres de liaison des safrans, les filières mais c’est sans doute insuffisant pour arrêter 8oo kilos d’ours affamé. Heureusement la porte est en métal. Mais elle ne comporte pas de verrouillage depuis l’intérieur… un coup de patte heureux pourrait suffire à faire pivoter les taquets de fermeture. Est-ce que l’ouverture est suffisante pour laisser passer un ours ? Une fois à l’intérieur, les cloisons sont-elles assez solides pour l’arrêter ? On peut toujours ressortir par les capots de pont et l’enfermer à l’intérieur mais s’ils sont plusieurs…. Par précaution nous sortons un jeu de fusées à main. Une fusée rouge pourrait l’effrayer ? Notre dernière ligne de défense sera la réserve de boîtes de confit de canard. Pourvu qu’on n’en soit pas réduits à cette extrémité.

En attendant, à table !  et au lit.

 

L’équipage fasciné par le spectacle des glaciers, reste toujours en éveil à cause du danger des ours.

 

Samedi 14 juillet. Après une nuit parfaite nous profitons de l’Ouest annoncé pour aller explorer le Hornsund. Nous savons que par vent d’Est, ce fjord est inaccessible car le vent est accéléré par le relief et des rafales catabatiques sont même susceptibles de coucher un bateau comme ZERØ. Il est conseillé de passer plusieurs milles au large tellement elles sont puissantes ! La chance nous accompagne, avec une légère brise d’ouest, toutefois insuffisante pour nos voiles. La mer est calme, le temps gris mais on aperçoit du ciel bleu et de la clarté au fond du fjord. Nous progressons le long de la rive sud et un premier glacier apparait bientôt. Un flot de glace expulsé par les montagnes qui se jette dans la mer.

On croise un premier glaçon, découverte fascinante de ces glaces flottantes pour certains, flash-back pour ceux qui ont eu la chance de naviguer jusqu’au Groenland il y a trois ans déjà.

 

 

 

Le fond de l’air est frais mais le temps s’éclaircit au fur et à mesure de notre progression. Nous longeons une magnifique aiguille rocheuse sur laquelle s’accrochent des lambeaux de nuages.

 

 

 

Plus nous avançons et plus le paysage devient incroyablement sauvage. Les oiseaux sont la seule manifestation de vie. A part la mer et les nuages, tout est figé dans une immobilité glacée.

 

 

Le fond du fjord nous offre un spectacle absolument incroyable. Cinq glaciers nous entourent qui se déversent dans la mer. Des falaises de glaces gigantesques, des étendues cotonneuses qui emplissent les vallées et dominent la mer. C’est démesuré. La journée se passe, nous savourons ces moments exceptionnels, pleinement conscient de la chance que nous avons d’être ici. Si peu de gens ont le privilège de contempler ces merveilles.

 

 

 

 

 

 

La journée se termine en face de notre point de départ, sur la rive nord où nous retrouvons nos amis allemands devant la station polonaise d’ISBJOERNHAMNA par 77° Nord.

 

 

Dimanche 15 juillet 2018. Nous sommes réveillés en sursaut par un choc sourd sur la coque. Le vent a tourné et  le glacier voisin nous envoie un troupeau de glaçons. Rien de bien méchant mais comme de toute manière nous avons prévu de continuer notre route vers le nord, nous levons l’ancre et après un petit slalom, nous longeons la côte, au moteur toute la journée, suivi par nos voisins de mouillage.

Une rencontre fugitive non loin du rivage, nous distinguons très bien ses deux défenses lorsqu’il sort la tête de l’eau, c’est un morse ! mais il ne nous permet pas de l’approcher et disparait sous la surface.

Nous avons prévu de remonter jusqu’au fjord suivant pour y trouver un mouillage abrité mais le vent ne respecte pas les prévisions météo. A l’entrée du Bellsund, voilà qu’il se met à souffler de l’Est et lève un méchant clapot sur la rive sud. On s’adapte. Direction, la rive nord et cerise sur le bateau, ce changement nous permet d’envoyer la GV et son génois et de faire un peu de voile. Le mouillage  VAN MUYDENBUKTA nous accueille. Immense baie avec très peu de fond ce qui nous laisse assez loin du rivage sur lequel nous observons un campement à la jumelle. Ce ne sont pas des tentes de randonneurs mais bien une yourte et des cabanes, sans doute une cuisine et un coin toilette. Deux bipèdes et quelques chiens. Ils ne se manifestent pas. C’est bien loin pour y aller en annexe et il faut avouer que nous manquons de motivation. On a plutôt envie de se reposer.

 

Territoire norvégien autonome et démilitarisé, le Svalbard n'est pas soumis à la fiscalité norvégienne. Sa superficie n'est pas incluse dans celle de la Norvège et il n'est membre ni de l'espace Schengen, ni de l'AELE.

Le statut de neutralité du Svalbard permet à n'importe quel pays d'exploiter librement les ressources locales, ce que fit longuement l'URSS en établissant et en administrant une colonie russe dans l'archipel norvégien pour exploiter une mine. La population russe dépassait même la population norvégienne jusque dans les années 1990.

 

Lundi 16 juillet. Départ pour rejoindre Barentsburg, le premier endroit où nous pourrons débarquer en sécurité après une semaine de mer. Il fait beau, une bonne brise souffle, mais malheureusement du nord-ouest. Comme c’est contrariant. Nous voilà maintenant obligés de tirer deux grands bords pour rejoindre l’entrée de l’Isfjorden. Si on ne peut même plus naviguer au portant pour profiter pleinement du ciel bleu et du soleil… En fin d’après-midi nous entrons dans le fjord, un peu anxieux de ce que nous allons découvrir. Barentsburg est une ancienne ville minière créée par l’union soviétique dans les années 30. Elle est en complète décrépitude et ne compte plus que quelques 400 habitants qui continuent d’exploiter la mine de charbon pour leur propre consommation et se partagent les blocs d’immeubles, la piscine olympique et la salle de sport.

La vue depuis le large n’est pas très engageante : des immeubles et des squelettes métalliques mais nous avons la bonne surprise de découvrir un magnifique ponton flottant, bien rembourré et juste adapté à la taille de ZERØ. En effet Barentsburg fait partie des hauts lieux du tourisme industriel et il faut bien accueillir les visiteurs qui arrivent en bateau, comme nous pauvres marins voiliers, mais surtout comme les riches touristes qui viennent en navette rapide de Longyearbyen, la capitale distante d’une trentaine de milles.

C’est toujours un plaisir mêlé de soulagement de poser le pied à terre après plusieurs jours de traversée. On titube en marchant sur le quai et dans les rues dont le sol est curieusement immobile. On salue avec plaisir les autochtones que nous imaginons emplis de curiosité et de respect pour nos aventures hauturières. Le point culminant étant bien sur la bière fraîche dégustée au bar des pêcheurs.

Ici c’est désert. Quelques hangars délabrés, une grue rouillée. Un long escalier de bois escalade le rivage. Entre deux maisons de bois abandonnées, une balançoire figée dans un silence assourdissant. Une immense plateforme offre une vue sur le fjord et le stock de charbon. Les rues sont désertes, très larges. Deux barres d’immeubles devant lesquels trône un buste de Lénine. Une inscription en caractère cyrilliques, sans doute à la gloire du parti et du peuple de la défunte union soviétique. Trois jeunes sont assis au pied de la statue, riant et parlant fort en buvant des canettes. Commissaire  politique n’est plus un métier d’avenir. Le seul café de la ville est fermé le lundi. Nous ne voyons pas d’autres commerces, à part une boutique de souvenirs pour les touristes. Les quelques habitants que nous croisons ne nous accordent pas un regard. Un seul nous salue, sans doute en russe ou en ukrainien. Nous regagnons le bord, un peu déprimés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le jour permanent commence vers la fin avril pour finir fin août. Au début de cette période, la température est proche de −10 °C à −5 °C. Toutefois, lors de tempêtes polaires ou bien lorsque le soleil se cache quelques heures derrière un pic ou un nuage, la température peut vite descendre à −15 °C et même −20 °C (dans ce cas extrême, seulement en bas des glaciers, car le vent s'y engouffre et se refroidit). Au cours de l'été, la température est normalement faiblement positive, habituellement comprise entre 0 à 10 °C. Au mois de juillet, il gèle rarement à Longyearbyen. Le ciel est très souvent couvert et les tempêtes y sont moins fréquentes.

Svalbard a un climat de type ET (Polaire de Toundra) avec comme record de chaleur +21,3 °C le 16 juillet 1979 et comme record de froid −46,3 °C le 4 mars 1986. La température moyenne annuelle est de −5,7 °C.

 

 

 

Mardi 17 juillet. Après une bonne nuit de repos, nous quittons Barentsburg pour rejoindre la capitale Longyeaybyen, le terme de notre voyage. Il fait beau, un vent portant nous permet une fois encore de naviguer confortablement à la voile. En chemin nous croisons Fred et Bérénice à bord d’Eliot qui arrivent de Longyearbyen et partent vers le nord, avec l’idée de faire le tour de l’archipel… Une petite halte au milieu de l’eau, on a plaisir à se voir et on échange les nouvelles. Partis quelques jours avant nous pour profiter d’un créneau qui s’annonçait optimal, ils sont restés bloqués trois jours à l’île aux ours par le mauvais temps. C’est ça quand on n’a pas de chance avec la météo…

A 18h nous amarrons ZERØ au ponton essence de Longyearbyen. Le port est minuscule et bien encombré. Cette fois on est arrivés. Douche, bar des pêcheurs… le bonheur !

 

 

Mercredi 18 Juillet. Formalités au bureau du gouverneur, visite de Longyearbyen, shopping, cartes postales envoyée du bureau de poste le plus au nord du monde (ou presque)…

 

 

 

De nombreux randonneurs arpentent la ville, avec sac à dos, bottes fourrées et fusil en bandoulière. Mais comme au Far West on dépose ses armes à l’entrée de certains établissements.

 

La plus grande partie du territoire est classée réserve naturelle ou parc national.

Les parties qui ne sont ni montagneuses ni recouvertes de glace sont de la toundra.

Le Svalbard est un lieu de reproduction de plusieurs espèces d'oies (bernache nonnette notamment), de canards (dont l'Eider à duvet), d'alcidés (guillemots, mergules, macareux moines), de laridés (dont le goéland bourgmestre et la mouette tridactyle) et de sternes (l'espèce appelée sterne arctique) qui font de cette île un paradis pour ornithologue.

La sterne, seul oiseau à en être capable, peut mettre en déroute un ours polaire en fonçant littéralement dessus en petit groupe et en lui assénant des coups de becs. Cet oiseau ne tolère pas que l'on s'approche de son nid (généralement par terre, dans les cailloux).

 

 

 

Ceci est une sterne arctique. Sur le bord de la route ou passent les voitures et les autobus, elle n’est pas blessée, ni en quelconque difficulté. Elle a juste décidé que c’était là sa place, son nid, son territoire.

Pleins de compassion pour ce malheureux volatile nous nous approchons un peu trop près, surtout Fred qui tout à coup devient sa cible. Elle piaille comme une forcenée puis s’envole et multiplie les attaques en piqué au ras de sa tête en braillant. Pas d’autre issue que la fuite, tel un ours polaire en déroute.

Ah oui ! après une belle matinée, c’est le seul jour de pluie en trois semaines.

 

 

Jeudi 19 juillet. Un petit tour dans le nord du fjord, jusqu’à Pyramiden. L’autre ville minière soviétique, totalement abandonnée. Les installations sont visibles, du haut en bas de la montagne. Impressionnant. Mais cette ville fantôme ne nous donne pas envie de débarquer. Nous préférons aller admirer un dernier glacier au fond du fjord. Ce sera la dernière image de cette nature sauvage que nous emporterons. Mouillage dans une anse étonnamment tranquille (Skansbukta – « Kapp fleur de lys »).

 

 

 

 

 

 

Vendredi 20 juillet. Beau temps. Retour à Longyearbyen. Dernière soirée au Svalbard. A la brasserie locale. Et oui il y a une bière svalbardoise (?) accompagnés par un groupe à la sono totalement désastreuse. Mais la jeunesse locale semble apprécier.

Notre amie la sterne est toujours là et même en passant à bonne distance Fred est immédiatement victime d’une nouvelle attaque en piqué. La sterne arctique est physionomiste.

Samedi 21 juillet. Départ à 02h45 du matin en plein jour pour l’aéroport. A midi nous sommes au cœur de Paris, baigné de soleil, dans une douceur printanière des plus agréables. On va pouvoir ranger les bonnets et les moufles.

Un seul regret : ne pas avoir eu le temps d’aller plus au nord découvrir de plus gros glaciers, plus d’animaux, et pourquoi pas les ours et la banquise…

 

 

 

 

 



14/08/2018
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