la balade de ZERØ à l'infini

la balade de ZERØ    à l'infini

Un poete sur ZERO

Pascal est le papa de Gene.  Avec Audrey,  la maman de Gene, ils ont passés 15 jours entre Corfou et Split.

 

alors que vous lisez l'article de Pascal, écoutez donc Fred , chantant du Brassens acapela.

 

 

 

1 - CORFOU

30/04

 Atterrissage à Corfou dans les lumières de la côte comme un présage d'émerveillement.

 

Philippe, hirsute comme un pâtre grec, vient nous chercher. Nous quittons l'aéroport déjà pilotés sans souci à travers la ville par le cap'taine qui a tant voyagé depuis nos aventures adolescentes puis baléaresques. Autant dire que je suis trop heureux d'en retrouver, tel Thésée, le fil méditerranéen.

 

Arrivée devant la vieille citadelle vénitienne derrière laquelle se trouve le bateau. 1h du mat. Nous franchissons la Porta Maggiore déserte puis la Contra Fossa, canal qui sépare le fort de la ville, empruntons une large descente pavée et un passage assez étroit pour atteindre une minuscule aire de parking improvisée entre les hauts murs. À pied, cette fois-ci, et chargés de nos bagages, nous continuons à descendre en traversant à nouveau les larges remparts, cette fois-ci par une porte voûtée à droite de laquelle une plaque signale le Corfu Sailing Club. Nous découvrons une marina improbable, à la fois dans la ville et en dehors.

 

Sur Zéro, nous croisons Rakel, fine et bronzée, qui se lève pour nous embrasser avant de regagner trois heures plus tard le même aéroport de Corfou pour rejoindre l'Islande où, chaque jour avant de déjeuner, elle part de chez elle faire des longueurs en piscine, de la gymnastique collective et bavarder dans l'eau.

Petit détail historique en aparté, l'Islande sera le premier pays a reconnaître la Croatie en 1991. Je referme cette parenthèse.

 

À près une courte nuit, première prise de contact avec Therence qui déjeune d'un large bol de fromage blanc local rempli de fruits secs, et avec Fred, ours bourru qui se révèlera assez vite clown chanteur et enchanteur de mots rares, comme ça, pieds nus au débotté.

Douche à la "capitainerie" dans une salle de bain comme chez soi. Intime. Aucune activité de surveillance ou de contrôle. Pas de salle de douches collective. Au fond du couloir, une cuisine encore encombrée des services et comme abandonnée dans les jours d'une fête passée. Devant, une salle collective également en désordre dans ce bâtiment rectangulaire, simple, bien intégré au site et ouvert au vent du large en bordure des quais.

 

9h30 heure française, 10h30 heure locale.

Nous partons à la découverte de la ville et à l'assaut de cette forteresse imprenable. Soudainement immergés au sein de Kerkyra et de tant de richesses historiques déposées ici par les différentes cultures qui se sont succédées. c'est tout juste si nous n'entendons pas les cruches et les pots d'eau fracassés dans leur chute depuis les balcons d'une Pâque orthodoxe encore proche. Nous pourrions nous exclamer, comme nous le ferons plus tard : "J'aime la Grèce !" (ou même "Je préfère" - private joke to Fred). Tentant d'ignorer les boutiques à touristes, nous prenons les ruelles désertes. Nous suivons les façades, admirant les arcades et les jardins où les arbres versent leurs fleurs dans le paysage.

Un mariage se prépare dans la chapelle Mandrakinas devant la mer ionienne.

 

Retour sur Zéro, puis déjeuner devant le bateau sous une tente de toile dressée sur une terrasse de bois entre les remparts et le quai avec le premier Tzatziki de concombres de Philippe et des fraises goûteuses.

 

Le désordre dans l'abandon nonchalant, la tranquillité, la générosité de ce quai avec ses tables de marbre, ses chaises longues, sa petite plage sous des acacias aux grappes fleuries, tout cela au milieu des voiliers sur cales, etc., m'enchante.

 

Départ pour Petriti, au sud de l'île.

 

 

 

2 - PETRITI

 Sitôt amarrés, nous filons à la recherche de citrons semi-sauvages sur des citronniers qui en regorgent, de fleurs d'acacias que je n'avais pas ramassé à Corfou et dont je ferais des beignets pour le petit déjeuner plus tard.

 

Apéro tzatziki-spanakopita et bière grecque Mythos, suivi d'un diner de poisson et de moussaka à la Famous Taverna Leonidas, bâtiment bleu ciel ouvert devant les chalus rouge vif à la proue grecque blanche. La taverne offre les services du port : wc et douche dans l'arrière cour, wifi. Décor grec, façade fleurie agrémentée d'une flopée de mini drapeaux multinationaux en guirlande comme les drapeaux de prière tibétains. Une grande salle-terrasse en surplomb avec filets de pêche et chaises en bois sous un plafond blanc immaculé. Un de ces endroits sans prétention qui semblent accueillir néanmoins les aventuriers du bout du monde et leurs récits.

Soirée de beaux récits d'ailleurs, d'Islande et d'ailleurs également.

Raki. Pur. Comme un seppuku.

 

Nuit passée dans le ballet des bateaux des pêcheurs sur une eau luisante d'étoiles observé à travers l'écoutille juste à hauteur d'un regard endormi.

 

Achats de sardines le matin sur le quai à un employé de ces bateaux de pêche à taille humaine. Je les ferai frire...

 

Départ pour Paxos.

Nous sommes le 1er mai.

 

 

 

3 - LAKKA, ILE DE PAXOS

 Amarrage à cul devant une bâtisse un peu décrépie, juste ce qu'il faut, fermée, et avec sur sa porte une grande sirène bleue.

Le port est désert. Après quelques escaliers, une chapelle toute blanche et un petit sentier, nous sommes seuls sur une plage de galets sous de vieux oliviers, Grande balade jusqu'à une presqu'île aux falaises battues par les vents et les vagues côté mer. Là, un Spiderman rutilant s'est échoué sur la grève.

 

Arrivée dans la baie d'une armada de voiliers identiques qui remplie d'un seul coup les quais puis les terrasses.

Fred et Gene s'entendent comme larrons en foire.

Entre deux rires, Fred pousse la chanson :

 

"C'était tremblant, c'était troublant,

C'était vêtu d'un drap tout blanc, ?    

 Ça présentait tous les symptômes,

Tous les dehors de la vision,

Les faux airs de l'apparition,

En un mot, c'était un fantôme !

 

A sa manière d'avancer,

A sa façon de balancer

Les hanches quelque peu convexes,

Je compris que j'avais affaire

A quelqu'un du genre que j'préfère :

A un fantôme du beau sexe.

 

« Je suis un p'tit poucet perdu,

Me dit-elle, d'une voix morfondue,

Un pauvre fantôme en déroute.

Plus de trace des feux follets,

Plus de trace des osselets,

Dont j'avais jalonné ma route ! »

 

« Des poètes sans inspiration,

Auront pris - quelle aberration ! - 

Mes feux follets pour des étoiles.

De pauvres chiens de commissaire

Auront croqué - quelle misère ! -

Mes osselets bien garnis de moelle. »

 

« A l'heure où le coq chantera,

J'aurai bonne mine avec mon drap

Plein de faux plis et de coutures !

Et dans ce siècle profane où

Les gens ne croient plus guère à nous,

On va crier à l'imposture. »

 

Moi, qu'un chat perdu fait pleurer,

Pensez si j'eus le cœur serré ?Devant l'embarras du fantôme.

« Venez, dis-je en prenant sa main,

Que je vous montre le chemin,

Que je vous reconduise at home »

 

L'histoire finirait ici,

Mais la brise, et je l'en r'mercie,

Troussa le drap d'ma cavalière...

Dame, il manquait quelques osselets,

Mais le reste, loin d'être laid,

Était d'une grâce singulière.

 

Mon Cupidon, qui avait la,

Flèche facile en ce temps-là,

Fit mouche et, le feu sur les tempes,

Je conviai, sournoisement,

La belle à venir un moment,

Voir mes icônes, mes estampes...

 

« Mon cher, dit-elle, vous êtes fou !

J'ai deux mille ans de plus que vous... »

« Le temps, madame, que nous importe ! »

- Mettant le fantôme sous mon bras,

Bien enveloppé dans son drap,

Vers mes pénates je l'emporte !

 

Eh bien, messieurs, qu'on se le dise :

Ces belles dames de jadis

Sont de satanées polissonnes,

Plus expertes dans le déduit

Que certaines dames d'aujourd'hui,

Et je ne veux nommer personne !

 

Au p'tit jour on m'a réveillé,

On secouait mon oreiller

Avec une fougue pleine de promesses.

Mais, foin des délices de Capoue !

C'était mon père criant :

« Debout ! Vains dieux, tu vas manquer la messe ! »

Mais, foin des délices de Capoue !

C'était mon père criant :

« Debout ! Vains dieux, tu vas manquer la messe ! » "

 

Nuit au port. Départ après un bain au petit matin à l'opposé de la balade de la veille. Dans le calme des eaux, le silence, les odeurs de jasmin et de romarin mêlés, découverte d'une combinaison de plongée quasi neuve sur un cintre, sans doute tombée d'un bateau, flottant entre deux eaux parmi quelques algues telle la peau détachée du corps de bronze d'Apoxyomène. À ma taille. Lieu étrange.

 

 

 

4 GAIOS, ILE DE PAXOS

 2/05

Arrivée dans ce port et son village comme dans une calanque.

Amarrage à flanc devant un bar de nuit fermé dont nous profitons de la terrasse juste devant le bateau pour prendre un supplément de petit dej confortablement assis dans ses fauteuils de toile sous une tonnelle ombragée.

Gene joue.

 

Therence part en randonnée.

 

Essais infructueux de réparation du moteur de l'annexe.

En face, à courte distance, l'île mystérieuse recèle d'énormes oursins, ainsi qu'une mouette couchée dans les galets à terre et une murène dans l'eau, toutes deux mortes. Cette dépouille gonflée a les yeux crevés. Les Boréades, Oedipe, Médée, une Méditerranée immuable.

Gene joue avec le sable et les cailloux.

 

Ballet de bateaux de touristes accostant et repartant en face de nous.

 

 

3/05

Le lendemain matin, paddle sur une eau calme jusqu'à la sortie du port et passage de l'autre côté dans le domaine des mouettes qui gardent de petites anses désertes bercées par de douces vagues.

Boutiques dans les rues du village.

Achat de viande hachée pour des farcis.

 

 

 

5 MOURTOS

 Halte dans la baie de Mogonisi sur Paxos.

Paddle en famille jusqu'à la plage du restaurant isolé dans cet endroit soigné et pour l'instant tranquille, préservé, hors saison. Rencontre avec une famille anglaise. Puis exploration d'un isthme au fond de la baie en solitaire.

 

 

 

5' SIVOTA

 Amarrage le long du quai en bout de jetée.

Des jeux d'attraction attirent Gene qui crise sévère.

Glaces au yaourt. Et le plein de fromage blanc grec en pots de 10kg. Nuit en Grèce.

Court-circuit sur la rallonge entre le bateau et le quai. Réparation.

 

 

 

6 KASSIOPI, ILE DE CORFOU

 Retour sur Corfou, au nord de l'île, face à l'Albanie qui a l'air d'être un paradis du trek.

Falaises et grottes.

Amarrage à cul devant un banc surdimensionné.

Rencontre avec une famille polonaise.

Montée rapide au fort.

Achat d'un chapeau et d'une tasse.

 

4/05

départ à 5h du mat' pour la traversée.

D'abord tranquille mais fraîche. Des dauphins nous guident brièvement dans la journée.

Fred, pilier de Zéro, à la guitare… virtuelle. Ya de l'air. De l'air guitare, bien sûr. Récital. Enchaînant les chansons, il envoie ses airs en B comme Brassens. Mais un Brassens inconnu, comme un Brasens d'Honolulu. Bonhomme comme Carlos. Nous récitant Clairette et la Fourmi. Ou jouant d'une revue de presse Coluchistique. Mémoire redoutable.

Philippe et Fred prennent le premier quart dans la soirée. Nous prendrons le suivant avec Therence.

Au portant, pointe à 12 noeuds en début de nuit, puis jusqu'à force 7 dans la nuit sous trinquette et trois ris. Zéro en a vu d'autres et sous des cieux pour le moins différents.

Therence me raconte un peu sa vie : ses deux soeurs, Ange, son ancien amour avec lequel elle a fait une autre traversée, moralement plus épique puisque fatale à leur relation…

Dans cette tempête, je découvre ou redécouvre (?) la beauté des vagues.

 

 

 

7 BRINDISI

 5/05

16h, pour le passage en Adriatique une bonite qui a mordu au rapala apparaît en bout de traîne.

Philippe la remonte et hop !Conditionnement adéquat immédiat : darnes à griller d'un côté et marinage avec nos citrons récoltés précédemment de l'autre.

 

Arrivée dans un paysage lointain et surréaliste au coucher du soleil.

Longue remontée pour rejoindre la ville italienne et amarrage en plein centre sur le quai principal presque devant les escaliers monumentaux et la colonne romaine qui marque la fin de la via Appia.

 

6/05

Betty Café. Donne l'impression d'être l'adresse des autochtones. Pizza all arrabiata, 4 euros, en terrasse, fait par la Trattoria Pizzeria Skipper d'à côté. Toute simple. Tomate. Un régal.

 

Découverte d'une ville surprenante du bout de l'Italie au sein de cette région des Pouilles. Des quais immaculés.Toutes les rues entièrement pavées de vieilles dalles de marbre poli par d'innombrables années. Une navette fluviale régulière qui relie les différents quartiers de l'immense darse, porte de l'Orient.

Départ en début d'après midi.

 

 

 

8 MLJET

 7/05

(on évite Dubrovnik, au grand regret d'Audrey)

Arrivée dans l'île aux lacs dont le monastère des Dominicains sur l'îlott Saint Marie est devenu le symbole et où Ulysse aurait été retenu pendant 7 ans par Calypso. Vu ni lun ni l'autre.

 

Mouillage dans une baie tranquille du Parc National, au bout de l'île, à côté de Pomena.

Paddle jusqu'aux quelques barques rassemblées dans une crique miniature en face de nous :

marguerites à profusion, champ d'oliviers sur un tapis d'herbe et de fleurs, une chèvre, un bouc...

Nuit à quelques mètres de la bordure de roche coupante sous la multitude luxuriante des pins et du maquis.

 

 

 

9 KORCULA

 8/05

Profusion d'îles

Montagnes…

Mythes et légendes.

Village de sculpteurs.

Sur cette île, l'un des plus ancien cyprès d'Europe fait près de 50m.

Fred se lâche. Festival du montagnard tranquille, la voix doucement bercée par le vent dans les voiles.

Nous passons près d'une maison d'artiste sur l'île de Vrnik : il s"agit du sculpteur croate Lujo Lozica.

Puis devant un ancien monastère exceptionnellement situé sur ce bord dAdriatique de l'île de Badija. Aujourd'hui, c'est un centre de loisir. Un groupe de jeunes balaie la terrasse qui sert de quai. Arbres gigantesques tout autour.

Et enfin devant Korcula, ville médiévale qui serait la ville natale de Marco Polo…!

Nous sortons de ce défilé magique en laissant peu à peu les sommets quasi helvétiques au loin.

Vignes en terrasse, vergers.

Tamaris, bruyère, sauge, laurier, figuiers, myrte, citronniers, orangers, mandariniers, pittosporum, néfliers, freesia, arbousiers, grenadiers...

Et l'épaisse pierre blanche calcaire qui a construit nombre de bâtiment en Croatie et à travers le monde.

Le sentiment de quitter, après Mljet, un monde de cristal.

L'île verte avec ses criques aux eaux turquoises.

 

 

 

9' PRIGRADICA

 Vélo, Blato.

La fête de ce sanctuaire vient d'avoir lieu le 28 avril avec sa Kumpanija, Klapa, etc. Sur la grande place dallée, avec l'église paroissiale à trois nefs, une loge baroque sur colonnes qui date de 1700.

Tilleuls. Voie romaine.

Plantations d'oliviers.

Étrange, improbable.

Vin blanc et vin rouge directement tirés des cuves, huile d'olive, muscat et liqueur, le tout dans des bouteilles en plastique. Impasse sur l'ouzo.

Humer H2 devant une maison .

Superette de marins aux horaires de marins. Pot plastique de confiture-pâte-gelée d'amélanche ? arbouse ? cornouille ?

 

9/05

Passage d'un dauphin au petit matin calme sur la plage de l'autre côté du port

J'entend d'abord le bruit de son premier saut. Il n'y a personne tout autour. Aussi loin que le regard porte, pas un bateau à l'horizon. Dans ce lointain, les montagnes semblent inhabitées. Une impression de tête à tête immémorial.

 

 

 

9'' ILES INFERNALES OU L'ARCHIPEL DES PAKLENI

 Mouillage.

Patrouille.

 

 

 

10 HVAR

 Le charme déglingué de la Grèce et de l'Italie du sud où nous étions préservés de la horde touristique laisse place à… Hvar. Mais nous sommes sur l'emplacement des douanes, idéalement situés ! Si nous avions déjà la tête pleine d'un capital historique hors du commun, la ville est tellement remplie de façades vénitiennes avec, hélas, des boutiques et des touristes à profusion, qu'elle pourrait paraître factice. Renaissance. Lions de Saint Marc. Genêts en fleurs. Propre, presque parfaite. J'essaye le fort Napoléon. Ce soir, un concert se prépare. Photo de Zéro devant l'Arsenal qui abrite une galerie d'art et surtout le plus vieux théâtre public d'Europe.

Départ obligatoire avant 8h le lendemain.

 

 

 

11 SPLIT

 10/05

Marina du port.

Adriatic Croatia International Club.

Nouvelle crise de Gene dans la ville, sans doute perçue par elle comme un gigantesque magasin de jouets.

Achat d'une petite robe qui l'enchantera !

Découverte du Palais impérial de Dioclétien, à la fois forteresse, ville et villa. Ruines romaines, statues égyptiennes de lion, de sphinx, colonnes de granite rouge, rose ou gris, en marbre, péristyle, complexe souterrain, églises romanes, fortifications médiévales, palais gothiques, de la Renaissance, du baroque, chemin de ronde, tours carrés, octogonales, galeries à arcades, façade maritime…

 

11/05

Départ de Philippe qui rejoint Mylène (qui vit à Tahiti) à Paris et de Therence, qui emporte le récit de son aventure personnelle dans son carnet secret rouge jusqu'à un mariage où elle se rendra directement.

 

Déjeuner au Zlatna Ribica en face de la Halle aux poissons devant laquelle nous avons acheté1kg de langoustines charnues que je ferais frire à la poêle.

 

Quelques tables hautes le long de la façade, et, à l'intérieur deux hommes seuls attablés chacun à une table de quatre. Ce bistrot tenu par trois femmes propose des fritures de poissons toutes simples, juste parfaites. La fille, la mère, la tante ? Une sorte de Volver croate ? Sur un mur, un tableau d'écussons de la police et de l'armée. À côté une affiche de propagande avec l'ex-général croate controversé Ante Gotovina, commandant du district militaire de Split, petit rappel de la guerre d'indépendance croate qui s'est déroulé entre 1990 et 1995 après la chute du mur de Berlin et pendant la Guerre du Golfe. 

À elle seule, l'histoire de cet homme qui a aussi la nationalité française est tout un film. Sa mère est tué par une explosion en le sauvant alors qu'il a 4 ans. Ex-légionnaire, puis condamné en France pour un vol de bijoux (2 millions de francs), il participe plus tard à l'opération Tempête pour la prise de Knin, la ville royale croate, en tant que général. Il est inculpé par le Tribunal Pénal International, fait un tour du monde en cavale et devient une icône, est le sujet de chansons, d'un livre, d'un film, puis arrêté, Soutenu par les nationalistes, jugé, condamné et enfin acquitté en appel.

À la fin de la guerre, la plus grande partie de la Croatie était dévastée, un quart de son économie détruite. Entre 1992 et 1993; la Croatie a accepté 280 000 réfugiés bosniaques, soit l'équivalent de 30 millions pour les Etats-Unis. Entre 1998 et 2005, la Croatie a dépensé 214 millions de dollars dans les opérations de déminage. Elle entre dans l'Europe en 2013 (après coopération justement avec le Tribunal Pénal International).

 

L'homme qui mangeait à côté de nous est remplacé par trois touristes, des hommes jeunes qui parlent un américain châtié.

Farniente dans la cour intérieure du Muzej Grada Splita. Là encore, bijou de façade vénitienne. Rencontre impromptue et improbable autour de la conservatrice avec son équipe en train de préparer la prochaine exposition du musée sur d'anciens costumes français dignes du Siècle des Lumières, de Jean-Jacques Rousseau et des Liaisons Dangereuses dans une salle subrepticement ouverte comme un secret, à l'écart.

 

Arrivée d'André, ancien pilote, ancien guide de haute montagne.

 

Tempête.

 

Dans la nuit, le vent souffle si fort, qu'il pousse Zéro contre ses gros pare battages pourtant bien regonflés par Philippe qui ressemblent alors à des crêpes. 40 noeuds. On jette une amarre supplémentaire.

 

 

12/05

Déjeuner sur Republic Square, immense plaza.

Découverte du parc sur la colline de la presqu'île Marjan, d'abord par une petite rue comme s'échappant de la ville avec, dans ses escaliers, un incongru concert d'oiseaux invisibles digne des îles tropicales, la terrasse du Café Vidilica, le long chemin bordé d'ifs en balcon sur la mer, les grottes Gospe od Betlema avec les falaises d'escalade Karepica cula, l'ermitage Saint Jérôme, la très vieille chapelle od Sedam Zalosti (1362), recouverte de messages à même le mur, puis Kasjuni Beach et Joe's Beach dans une eau turquoise impressionnante et un calme absolu, les oursins et les gravillons, le Mediterranean Institut for Life Science, la Villa Dalmatia, ancienne résidence d'été de Tito dans les cyprès… des femmes en hauts talons et dans de belles robes en dentelle rejoignent un mariage dans la chapelle Sveti Stipan, plus haut le kiosque Sustipan et une slackline de plusieurs dizaine de mètres tendue à une belle hauteur...

 

13/05

André nous accompagne avec nos bagages et Gene sur une remorque.

Devant lui, un millier d'îles dont Brac, Vis, Lastovo, les Komati, les Losinj, îles jumelles autrement nommées les Absyrtides où l'on retrouve Jason, Médée et la statue de bronze d'Apoxyomène…, de cyprès, d'orangers, de palmiers et une histoire grecque, romaine, vénitienne, française, allemande, autrichienne, britannique, italienne ou slave à découvrir à son tour, explorant d'autres territoires, traçant d'autres lignes sur a carte des eaux limpides. Je suis impatient d'en connaître le récit.

 

Tandis que.

 

je suis en train d'oublier

le bateau â quai derrière la forteresse

au milieu des acacias en fleurs

je suis en train d'oublier

les citronniers et l'odeur du jasmin

je suis en train d'oublier

la terrasse du restaurant  

comme tous ces lieux lointains

qui rassemblent les voyageurs

dans une baie oubliée

je suis en train d'oublier

l'oeil luisant et le sang rouge de la bonite

je suis en train d'oublier

les vagues qui déroulent leur écume

sous la lune, trois ris et la trinquette

je suis en train d'oublier

Ulysse retenu sept ans par la nymphe Calypso

la cité de Marco Polo

le plus vieux théâtre public d'Europe

je suis en train d'oublier

l'herbe incandescente et le bouc sous les oliviers

je suis en train d'oublier

les rochers en dentelle

 

mais si je suis en train d'oublier tout cela

de quoi vais-je me souvenir

tandis que tout s'éloigne ?

 

voilà, c'est cela, que je n'oublierai pas :

ce complexe cocktail de bruits,

d'odeurs de mer et de parfums de terre avalés,

immatériel, comme le mélange d'huile,

de sueur et de poussière que le strigile

récoltait sur le corps de l'athlète,

c'est cela, filtré comme un précieux élixir,

qui contient tout le reste que je n'oublierai pas.

 

Pour voir les photos que Pascal a pris pendant ce voyage, rendez vous sur son blog en cliquant sur ce lien.

avez vous déjà assisté a une conversation en VHF entre une marina et Audrey ? en voila une .... savoureux.

Je m'appelle Gene



21/05/2017
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